Passer à l’action : le besoin de bâtir la feuille de route nationale pour la mobilité aérienne avancée
De l’innovation technologique à l’exécution systémique
La mobilité aérienne avancée (MAA) entre dans une phase charnière de son développement. Après plus d’une décennie de forte croissance causé par l’innovation technologique, la maturation des plateformes et la multiplication des démonstrateurs, l’enjeu central n’est plus la faisabilité technique, mais la capacité collective à passer à l’exploitation réelle.
La MAA n’est plus une projection futuriste centrée uniquement sur le transport de passagers, mais désormais un ensemble de capacités aériennes à usages multiples, appelées à répondre d’abord à des enjeux opérationnels critiques. Interventions d’urgence, lutte contre les incendies, soutien aux services de sécurité publique, inspection et entretien d’infrastructures, surveillance environnementale, logistique spécialisée ou opérations en zones difficiles d’accès constituent les premiers cas d’usage crédibles et pertinents. Ces applications, souvent à double usage civil et institutionnel, placent la MAA au cœur de missions où la coordination inter-agences est non négociable.
La MAA doit ainsi être défini comme un système aéronautique à part entière, destiné à s’insérer durablement dans des environnements aériens et urbains complexes. L’intégration avec l’aviation conventionnelle, la gestion de la sécurité dans des espaces aériens partagés, la prévisibilité des opérations et l’acceptabilité sociale deviennent des conditions structurantes de sa réussite, bien avant toute généralisation des usages commerciaux de transport de passagers.
Dans ce contexte, la construction d’une feuille de route stratégique constitue un outil structurant essentiel pour aligner les acteurs, réduire les risques systémiques et transformer une ambition technologique en capacité opérationnelle durable.
Pourquoi une feuille de route est désormais indispensable ?
Les écosystèmes de rupture qui parviennent à franchir le cap entre innovation et industrialisation partagent un même constat : sans vision structurée et trajectoire commune, la maturité technologique ne se traduit pas en capacité opérationnelle. L’absence de feuille de route représente ainsi un risque stratégique majeur.
Sans ce cadre partagé, les initiatives se développent en silos, les décisions critiques sont prises de manière non synchronisée et les interdépendances sont mal maîtrisées. Gouvernements, autorités réglementaires, opérateurs, industriels, gestionnaires d’infrastructures et acteurs de la formation avancent à des rythmes différents, selon des priorités parfois divergentes. Le résultat est prévisible : fragmentation des efforts, dilution des investissements, allongement des délais et augmentation du risque de blocage en aval.
L’absence de feuille de route fragilise également le passage de la stratégie à l’exécution. Les ambitions de long terme (décarbonation, accessibilité territoriale, performance logistique, sécurité) demeurent alors déclaratives, faute de jalons opérationnels clairs : cadres de certification lisibles, modèles d’exploitation crédibles, capacités de formation adéquates, infrastructures adaptées et mécanismes de gouvernance définis. Sans cette traduction concrète, l’écosystème s’expose à des retards structurels difficilement rattrapables.
Ne pas disposer d’une trajectoire claire compromet la crédibilité collective du secteur. Pour les autorités publiques, les investisseurs et le public, l’incapacité à démontrer un chemin réaliste, séquencé et mesurable érode la confiance et freine l’acceptabilité. À ce stade de maturité, l’enjeu n’est plus de prouver que la MAA est possible, mais de démontrer qu’elle est maîtrisable. Cette feuille de route représente la condition de passage vers un déploiement sûr, prévisible et durable.
De l’innovation à l’exécution : un changement de nature des enjeux
La réussite de la mobilité aérienne avancée dépend désormais de facteurs largement non technologiques, qui conditionnent directement sa crédibilité opérationnelle et sa viabilité économique, notamment :
- La préparation des organisations et des personnels ;
- La robustesse et la lisibilité des cadres de certification ;
- L’intégration harmonieuse avec l’aviation conventionnelle ;
- La gestion de la sécurité dans des environnements à trafic mixte ;
- La confiance des autorités et l’acceptabilité sociale ;
- La capacité à structurer des modèles de financement et d’investissement crédibles, alignés avec le niveau de maturité réel des opérations.
Dans une industrie encore en construction, ceux qui définissent tôt les cadres d’exécution façonnent durablement les marchés. La capacité à structurer l’exécution devient alors un avantage stratégique déterminant.
Un atelier stratégique comme point de bascule
C’est précisément pour répondre à ces enjeux qu’un atelier stratégique sur la mobilité aérienne avancée se tiendra à Montréal et à Mirabel en avril 2026. Contrairement à plusieurs initiatives observées à l’international, l’approche retenue ici est résolument écosystémique.
Co-organisé par ADM Aéroports de Montréal, le CED, Espace Aéro, GUAMobility, Ville de Mirabel et Innovitech, l’atelier réunira l’ensemble des maillons critiques de la chaîne de valeur : décideurs issus des gouvernements, autorités réglementaires, opérateurs, industriels, gestionnaires d’infrastructures, organisations de formation et institutions publiques.
L’ambition n’est pas de faire converger l’écosystème autour d’une solution ou d’un acteur, mais de confronter collectivement les contraintes réelles du déploiement de la MAA (réglementaires, opérationnelles, humaines, financières et territoriales) et d’identifier des trajectoires compatibles avec les responsabilités et les réalités de chacun.
L’objectif est clair : poser les bases d’une feuille de route crédible, pragmatique et partagée, ancrée dans les réalités opérationnelles du territoire, des autorités et des usagers.
Investir dans une telle démarche est une condition essentielle pour transformer l’innovation en capacité réelle, et faire de la MAA un levier durable de développement économique, technologique et sociétal.
À propos des partenaires
ADM Aéroports de Montréal
L’autorité aéroportuaire du grand Montréal, ADM Aéroports de Montréal est responsable de la gestion, de l’exploitation et du développement de YUL Aéroport international Montréal-Trudeau et de YMX Aérocité internationale de Mirabel.
Centre d’excellence sur les drones (CED)
Le CED est une communauté d’intérêts et un OSBL travaillant au développement, à la gestion et à la promotion d’une gamme de services, d’expertise et de compétences liées au secteur des drones.
Espace Aéro
Espace Aéro est le pôle de développement économique et d’attractivité de la grappe aérospatiale du Grand Montréal. Sa mission est de soutenir la croissance, la compétitivité et la transformation de l’industrie aérospatiale.
GUAMobility
GUAMobility est une plateforme internationale dédiée au développement et à la structuration des écosystèmes de Mobilité Aérienne Avancée, avec une expertise reconnue dans les environnements complexes et les projets à forte composante institutionnelle.
Innovitech
Innovitech est une firme de conseil en stratégie et innovation spécialisée dans la conception et la mise en œuvre de stratégies d’innovation, de transformation et de développement socio-économiques.
Ville de Mirabel
La Ville de Mirabel occupe une position stratégique au cœur de l’écosystème aérospatial québécois, notamment par la présence de l’aéroport international Montréal-Mirabel et d’importantes infrastructures industrielles et d’innovation.