20 août 2026

Article innovation

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La mobilité aérienne avancée (MAA) est souvent présentée comme une industrie qui reste à construire. Nouveaux appareils, vertiports, infrastructures, cadres réglementaires : beaucoup d’incertitudes demeurent quant à la vitesse à laquelle le marché se développera. 

Pourtant, les aéroports n’ont pas besoin d’attendre que toutes ces pièces soient en place pour agir. Ils disposent déjà de plusieurs des actifs les plus difficiles à reproduire et les plus recherchés par les acteurs de cette nouvelle industrie. 

C’est le constat au cœur de la réflexion de Sofiane Benyouci, président-directeur général et associé senior d’Innovitech, développée à la suite d’une présentation donnée dans le cadre du ACI World Airport Executive Leadership Program à Montréal en août 2026. 

Des actifs qui valent plus que les terrains qu’ils occupent 

Lorsqu’on pense aux actifs d’un aéroport, les pistes, les terminaux et les terrains viennent naturellement en tête. Mais leur véritable avantage stratégique se trouve ailleurs. 

Sofiane en identifie quatre : l’accès à un espace aérien réglementé, des terrains situés derrière un périmètre sécurisé, une position établie auprès des autorités réglementaires et une licence sociale construite au fil des années auprès des communautés. 

Contrairement à des infrastructures physiques, ces actifs sont extrêmement difficiles à reproduire rapidement. Ils peuvent donc donner aux aéroports un véritable pouvoir de négociation auprès des entreprises, gouvernements et investisseurs qui souhaitent développer de nouvelles capacités en mobilité aérienne. 

YMX à Mirabel est un exemple concret. Plus de vingt ans après le départ des derniers vols réguliers de passagers, YMX est aujourd’hui au cœur de NEXUS, une initiative canadienne consacrée aux systèmes autonomes et sans équipage. Ce n’est pas le volume de passagers qui a rendu le site pertinent, mais la combinaison de ses infrastructures, de son périmètre sécurisé et de son accès à un espace aérien réglementé. 

Mobiliser les acteurs dans le bon ordre 

Face à un marché encore émergent, deux réflexes peuvent sembler logiques : attendre que la réglementation et les technologies se stabilisent ou, au contraire, investir rapidement pour prendre de l’avance. 

Les deux approches comportent des risques. 

Attendre trop longtemps peut réduire progressivement la marge de manœuvre de l’aéroport. Les cadres réglementaires se définissent, les partenaires se positionnent et les projets prennent forme sans lui. À l’inverse, investir dans des infrastructures en fonction du calendrier d’un constructeur expose l’aéroport aux retards et aux changements de stratégie d’un secteur encore volatil. 

Une troisième voie se dessine : plutôt que de commencer par construire, commencer par structurer. 

Les expériences observées à Orlando, Paris, Abu Dhabi et Montréal montrent l’importance de mobiliser les acteurs dans le bon ordre. D’abord les autorités réglementaires, puis les pouvoirs publics, les communautés et les utilisateurs potentiels. Le financement et les partenaires commerciaux arrivent ensuite, lorsque le projet a déjà été largement dérisqué. 

De propriétaire à acteur de l’écosystème 

Cette approche soulève surtout une question stratégique : quelle position l’aéroport souhaite-t-il occuper? 

Il peut demeurer un hôte et louer ses terrains. Il peut aussi devenir rassembleur, opérateur ou, éventuellement, exporter l’expertise développée sur son propre site vers d’autres marchés. 

Il n’existe pas une seule bonne réponse. Pour certains aéroports, demeurer propriétaire et hôte sera parfaitement cohérent avec leur réalité. L’enjeu est plutôt de faire ce choix consciemment, avant que des décisions commerciales prises à court terme limitent les possibilités futures. 

La mobilité aérienne avancée n’exige donc pas nécessairement de prédire quels appareils seront certifiés ou à quelle date le marché prendra véritablement son envol. Pour les aéroports, le travail peut commencer dès aujourd’hui : comprendre les actifs qu’ils sont seuls à posséder, déterminer la position qu’ils souhaitent occuper et identifier les acteurs dont l’appui permettra de la construire. 

Dans un prochain rapport, Innovitech approfondira cette réflexion et présentera l’analyse complète de Sofiane Benyouci sur les actifs, les stratégies et les modèles permettant aux aéroports de se positionner dans l’écosystème émergent de la mobilité aérienne avancée.